Pierre L. Douillet
est à vendre. Le prix de chaque segment
est de 1 F. Le prix de
est de 25 c
et celui de
est de 75 c. Et ainsi
de suite en coupant chaque segment en deux : le prix de la première moitié est
le quart du tout et la deuxième moitié les trois quarts.
Question : quel est le prix de
? Questions intermédiaires
:
Convenons de noter
la mesure du segment
,
écriture qui me parait plus lisible que
.
La mesure proposée dans la question possède deux propriétés qui ne cohabitent
pas aisément. D'une part, on a
(pour
), exprimant la translatabilité la mesure usuelle de
(celle
de Borel). Et d'autre part, on a
(pour
), exprimant la propriété clef de la mesure à étudier.
Il me semble donc préférable d'étudier une autre mesure, choisie pour coïncider
avec la première sur
et pour généraliser la propriété
clef à toute la droite réelle. La mesure ainsi obtenue aura donc une certaine
invariance d'échelle, c'est à dire une nature fractale.
Dans ce qui suit,
est un élément générique de
. Définissons
et
. L'ensemble
est
donc l'ensemble des puissances de
, énuméré dans l'ordre usuel des entiers.
Posons
et
. Il
est clair que, sur
, cette fonction est croissante et vérifie
.
Définissons alors
et
.
On obtient une énumération croissante de l'ensemble
.
Posons
.
On obtient ainsi une fonction
qui est visiblement
croissante, et qui vérifie de plus
et
.
La récurrence est claire. L'ensemble
est l'ensemble
des réels positifs ayant une écriture binaire finie, et l'on a obtenu une fonction
croissante
vérifiant
.
Dans ce qui suit,
. On vient de montrer que
On en déduit un (premier) algorithme logarithmique pour le calcul de
.
Ainsi :
Utilisant cette formule (1), il vient
et
.
On obtient alors la seconde formule fondamentale :
dans laquelle
désigne la somme des chiffres binaires
du nombre
. On a donc
conduisant à un deuxième algorithme de calcul de
:
Autrement dit, un chiffre binaire non nul donné, valant
dans l'écriture
du nombre entier
, est remplacé par
puis multiplié par
une puissance de
. L'exposant de cette puissance est le nombre de
se trouvant encore plus à gauche que le
considéré.
On obtient donc comme sous-produit la formule (
) :
Il semble donc qu'il y a eu une inversion entre
et
dans l'énoncé original.
Comme
est dense dans
et
strictement croissante,
on peut définir pour tout
une fonction
et une fonction
.
Considérons la subdivision équidistante
(
fixé,
) du segment
. Entre deux
points voisins de cette subdivision, le saut de
est au plus
,
cette valeur n'étant atteinte que sur le dernier segment élémentaire. Par croissance
de la fonction, il suffit donc de supposer que
et
pour avoir
.
On a donc prouvé que pour tout
on a
.
Par homothétie, on a
.
Par conséquent, la fonction
se prolonge
en une fonction continue
, et
il est clair que cette fonction est strictement croissante : on obtient un homéomorphisme.
On sait qu'un rationnel se caractérise par le fait que son développement (binaire)
est périodique. Convenons d'utiliser le signe
pour introduire une
écriture binaire. Ainsi
.
On en déduit que
.
Avec la relation (3) on obtient
,
soit
.
Plus généralement, un rationnel dont l'écriture binaire est directement périodique,
avec une période de longueur
, codant pour le nombre entier
vérifie la formule :
Lorsque la période est précédée par une partie apériodique, il convient d'utiliser
:
Ainsi
parce que
,
soit
,
,
,
à reporter dans la
formule. Il vient
.
Se pose alors la question de l'image réciproque d'un rationnel. Un algorithme
dichotomique permet aisément de trouver une valeur approchée du
associé
à un
donné. Une exploration numérique exhaustive pour
les fractions
avec
donne
les résultats suivants :
|
|
On voit, comme prévisible, apparaître les rationnels
dont les dénominateurs sont de la forme
,
et la liste des
obtenus n'est autre que la liste des fractions de petits
dénominateurs (
n'est pas encore apparue, car
).
Ce qui est remarquable est le point suivant : au cas où une autre fraction
serait l'antécédent d'un rationnel
, on aurait
. Une recherche complémentaire, utilisant l'algorithme
pslq, montre que, au cas où l'un des autres antécédents serait algébrique d'ordre
2, la taille des coefficients du polynôme associé serait supérieure à
.
Opinions à vérifier :
Soit
un réel donné. Pour
, posons
.
Le quotient
exprime la proportion de
chiffres 1 dans l'écriture binaire de
(tronquée à la
-ième
place après la virgule). Nous avons l'intention de montrer que
tend vers
lorsque
et vers
lorsque
.
Pour les
, il faut tenir compte des deux écritures possibles
pour ces nombres, et cela donne
comme dérivée à droite et
comme dérivée à gauche.
Pour établir cela, il suffit de considérer des
de la forme
.
En effet, tout
est compris dans un segment
et l'on a
puisque
est croissante.
Commençons par examiner l'ajout d'un 1 à la
-ième place lorsque cette
place contenait un 0. On a donc
avec
et
. Posant
,
il vient
et
.
On a donc :
Examinons maintenant l'ajout d'un 1 à la
-ième place
lorsque la
-ième place contient un 0 et est suivie par
chiffres
1 consécutifs. On a donc
avec
et
. Posant
,
il vient :
et
Utilisant les formules
,
on obtient un taux de variation égal à
le premier facteur étant compris entre
et
. A titre
d'illustration, prenons
. On a
.
Un ajout d'un chiffre 1 aux places 4, 5, 6 ou 7 conduit aux valeurs
pour
. Ces valeurs vont en croissant (de
à
) le deuxième facteur s'augmentant d'un nouveau
à chaque fois.
En résumé, nous avons montré que les valeurs de
contrôlent les valeurs de
, puis que
avec
lorsque le
-ième chiffre est 0, et avec
lorsque ce
-ième chiffre est 1. Ceci montre
que la dérivée à droite est nulle lorsque
et infinie lorsque
.
Si l'on suppose
,
il y a nécessairement des groupes de plusieurs chiffres 1 terminés par un 0
et ... c'est pas fini.
Pour la dérivation à gauche, on a exactement les mêmes résultats, à condition
d'utiliser l'écriture ``avec des 1'' pour les éléments de
.